Niveau anglais · ce que valent A2, B1 et le TOEIC

La fille d’une amie a vu sa candidature écartée avec un motif écrit, ce qui est déjà rare : « niveau d’anglais annoncé non vérifiable ». Elle avait écrit « anglais courant » sur son curriculum vitae, comme tout le monde. L’entreprise voulait un niveau du cadre européen ou un score de test.

Je ne connaissais ni l’un ni l’autre. J’ai passé deux soirées à démêler les deux systèmes et j’écris ce que j’ai compris, avec les réserves qui s’imposent puisque je ne parle pas trois mots d’anglais.

Les six marches du cadre européen

Le cadre européen commun de référence pour les langues décrit six niveaux, de A1 à C2, regroupés en trois paires. A pour l’utilisateur élémentaire, B pour l’utilisateur indépendant, C pour l’utilisateur expérimenté.

Ce que j’ai trouvé bien pensé, c’est que chaque niveau est défini par ce que la personne sait faire, pas par un nombre d’heures de cours ni par un programme. A2 correspond à comprendre des phrases isolées sur des sujets familiers et à échanger dans des situations courantes. B1 permet de se débrouiller en voyage, de raconter un événement, de donner brièvement une opinion. B2 marque le passage où l’on suit une discussion technique dans son domaine et où l’on argumente sans trop de peine.

La marche entre A2 et B1 est celle dont tout le monde parle, parce que c’est celle qui sépare « j’ai fait de l’anglais à l’école » de « je peux travailler avec ». Celle entre B1 et B2 demande, d’après ce que j’ai lu, plusieurs centaines d’heures supplémentaires.

Les ressources d’orientation de l’Onisep reprennent cette échelle pour décrire les attendus des formations.

Pourquoi « courant » ne veut rien dire

Le mot n’a aucune définition partagée. Pour une personne, il signifie tenir une conversation en vacances. Pour une autre, animer une réunion en anglais.

Un recruteur qui lit « courant » n’apprend donc rien, et il le sait. Dans le meilleur des cas, il vous testera en entretien. Dans le pire, il passe au dossier suivant, ce qui est exactement ce qui est arrivé.

Écrire « B1 » informe. Écrire « B1, obtenu en 2024 » informe davantage. Et si votre niveau réel est A2, écrivez A2 : cela vous évitera une humiliation de huit minutes en entretien, ce dont m’a parlé quelqu’un qui l’a vécue.

Les tests, et ce qu’ils mesurent

Le TOEIC est le plus répandu en France dans le monde de l’entreprise. Il produit un score chiffré, pas un niveau du cadre européen, même si des tables de correspondance existent. Dans sa version la plus courante, il évalue la compréhension écrite et orale, et pas la production. On peut donc obtenir un score honorable sans jamais avoir prononcé une phrase.

Le TOEFL et l’IELTS visent plutôt l’entrée dans l’enseignement supérieur anglophone et comportent des épreuves de production. Le Cambridge délivre des certifications adossées directement aux niveaux du cadre européen.

Point essentiel et peu connu : la plupart de ces scores sont considérés comme représentatifs pendant deux ans. Ce n’est pas que le certificat expire, c’est que les organisations cessent de le juger significatif au-delà. Un TOEIC de 2019 ne dit plus grand-chose de votre niveau de 2026, ce qui est d’ailleurs assez raisonnable.

Combien ça coûte et qui paie

Les tarifs que j’ai relevés en région Grand Est s’échelonnaient, pour un passage de TOEIC, entre environ cent trente et cent quatre-vingts euros selon le centre. La préparation, elle, varie du tout au tout.

Une formation en langue assortie d’un passage de certification est finançable par le compte personnel de formation, à condition que la certification figure au répertoire spécifique. C’est l’un des usages les plus fréquents de ce compte, et j’ai détaillé son fonctionnement dans mon billet sur le compte personnel de formation.

Attention à une confusion que j’ai failli commettre : financer le passage du test seul, sans formation, est souvent impossible. C’est l’action de formation qui est éligible, le test n’en étant que la sanction.

Comment savoir où l’on en est avant de payer

Avant d’engager la moindre somme, il existe des moyens gratuits de se situer. Les centres de langues des universités, certaines médiathèques et plusieurs structures d’information jeunesse proposent des tests de positionnement sans frais, qui ne délivrent aucun certificat mais donnent une estimation de niveau en une heure.

Les tests en ligne gratuits sont nombreux et de qualité très inégale. La fille de mon amie en a passé quatre le même week-end : les résultats allaient de A2 à B2. Quatre tests, trois niveaux différents, une seule personne. J’en tire la conclusion qu’un score obtenu sur un site inconnu ne vaut pas grand-chose, sinon comme point de départ pour savoir s’il faut viser une remise à niveau ou un perfectionnement.

Dernier point pratique : si vous préparez un test, demandez à l’organisme la date de session la plus proche avant de signer. Les centres d’examen ne proposent pas le TOEIC toutes les semaines, et j’ai vu un dossier de formation se terminer six semaines avant la première session disponible.

Mon avis, pour ce qu’il vaut

Si vous visez un métier où l’anglais est accessoire, passer un test coûteux me semble un mauvais calcul. Mieux vaut annoncer honnêtement A2 ou B1 et consacrer l’argent à une compétence directement utile, comme la formation de sauveteur secouriste du travail.

Si l’anglais est au cœur du poste, en revanche, un score récent change la lecture du dossier. Pas parce qu’il prouve que vous parlez bien, mais parce qu’il prouve que quelqu’un d’extérieur a vérifié quelque chose.

Ce qui m’échappe encore

Je n’ai pas réussi à comprendre comment s’articulent les niveaux du cadre européen avec les niveaux de qualification français, ceux qu’on exprime en chiffres de 3 à 8. Les deux échelles se croisent dans les fiches de formation sans jamais être mises en rapport. C’est le genre de question que je garde pour une prochaine fois, et la rubrique formation des jeunes adultes s’étoffera quand j’aurai avancé.