Conseiller en insertion professionnelle · qui est en face

Pendant des mois, j’ai lu des documents qui décrivaient des parcours d’insertion sans jamais dire un mot de la personne qui les conduit. Le jeune apparaît, le dispositif apparaît, et entre les deux il y a « le conseiller », sans visage et sans contraintes. J’ai trouvé cela étrange, puis agaçant, puis j’ai cherché.

Ce billet est le résultat de cette recherche, complété par deux conversations : une animatrice de mission locale croisée lors d’une réunion de quartier à Metz, et la mère d’une amie de ma nièce qui exerce ce métier depuis onze ans dans une structure d’insertion par l’activité économique.

Un métier, plusieurs portes d’entrée

Il existe un titre professionnel de conseiller en insertion professionnelle, de niveau bac+2, délivré après une formation d’environ huit à douze mois selon les organismes, accessible aussi par la validation des acquis de l’expérience. C’est la voie la plus identifiée.

Ce n’est pas la seule. Beaucoup de personnes en poste viennent du travail social, de la psychologie du travail, des ressources humaines, parfois de l’animation. Celle que j’ai interrogée était éducatrice spécialisée et a glissé vers l’insertion sans jamais repasser de diplôme.

Cette diversité de parcours explique une partie des écarts de pratique que les jeunes constatent d’un interlocuteur à l’autre. On ne vous accompagne pas de la même façon selon qu’on vient du social ou du recrutement, et personne ne vous prévient de quelle école vient la personne en face.

Les référentiels des titres sont consultables du côté de Centre Inffo, qui documente le droit de la formation professionnelle.

Combien de dossiers

C’est le chiffre que je cherchais et c’est le plus difficile à obtenir. Il n’existe pas de norme nationale opposable sur le nombre de jeunes suivis par conseiller.

Les deux professionnelles interrogées ont avancé des portefeuilles compris entre quatre-vingts et cent vingt jeunes, avec des pointes au-delà. L’une a précisé que ce chiffre ne veut rien dire sans la distinction entre suivi intensif et suivi de veille : vingt jeunes en accompagnement renforcé prennent plus de temps que cent en contact trimestriel.

Faites le calcul vous-même. Sur une semaine de trente-cinq heures amputée des réunions, des comptes rendus et des relations avec les entreprises, le temps disponible par jeune et par mois se compte en dizaines de minutes. Quand votre rendez-vous dure vingt-cinq minutes et que vous en sortez frustré, ce n’est pas un manque d’intérêt pour votre cas.

Ce qu’un conseiller peut décider

Davantage qu’on ne croit, et dans des limites étroites.

Il peut vous orienter vers un dispositif, proposer votre entrée dans un parcours accompagné, mobiliser des aides à la mobilité ou à l’équipement, solliciter un financement de formation, vous mettre en relation avec une entreprise de son réseau. Sur beaucoup de ces points, sa signature compte.

Il ne peut pas créer un poste, accélérer un délai réglementaire, forcer un employeur, ni modifier le montant d’une allocation calculé par ailleurs. Lui en vouloir sur ces points revient à se tromper d’adresse.

Une zone intermédiaire mérite d’être connue : la plupart des structures disposent de fonds d’aide d’urgence, utilisables à la main du conseiller pour un permis, un titre de transport, une paire de chaussures de sécurité. Ces fonds sont peu annoncés. Ils existent. Demandez.

L’une des deux professionnelles m’a expliqué pourquoi ils restent discrets, et sa réponse m’a paru honnête : l’enveloppe annuelle est fermée, et si elle était affichée elle serait consommée en six semaines par les premiers arrivés plutôt que par les situations les plus tendues. Je comprends l’argument tout en le trouvant inconfortable, parce qu’il revient à faire dépendre l’accès à une aide publique du fait de savoir qu’elle existe. Les jeunes les mieux informés sont rarement les plus en difficulté.

Même remarque pour les aides à la mobilité. Dans plusieurs départements, des dispositifs de prêt de scooter ou de prise en charge partielle du permis existent, portés tantôt par la mission locale, tantôt par le département, tantôt par une association conventionnée. Aucune page ne les récapitule. La seule méthode qui fonctionne est de poser la question à voix haute, en rendez-vous, et d’insister un peu.

Ce qui change la relation

J’ai posé la question directement : qu’est-ce qui fait qu’un accompagnement fonctionne. Les deux réponses se rejoignent sur un point que je n’attendais pas.

Venir aux rendez-vous. Pas préparer un projet professionnel abouti, pas arriver avec un curriculum vitae parfait. Venir. Un jeune qui se déplace même sans nouvelle reste dans le circuit, continue d’exister dans les listes, reçoit les propositions qui passent. Celui qui disparaît trois mois doit tout reprendre.

La seconde chose citée est de dire la vérité sur les empêchements. Pas de permis, pas de garde d’enfant, une dette, une peur du téléphone. Le conseiller ne peut travailler qu’avec ce qu’il sait, et l’animatrice m’a dit avoir découvert après huit mois qu’un jeune ne savait pas lire correctement. Huit mois de propositions inadaptées.

Ce que j’en pense

Je trouve injuste la façon dont ce métier est commenté. On lui reproche à la fois de ne pas placer assez vite et de ne pas accompagner assez humainement, deux exigences qui se mangent l’une l’autre dans le temps disponible.

Cela ne veut pas dire que tout va bien. L’absence de norme sur la taille des portefeuilles me paraît un vrai problème, parce qu’elle rend la qualité de l’accompagnement dépendante du territoire où vous êtes né. Deux jeunes identiques à cinquante kilomètres d’écart n’ont pas le même suivi.

Ce que je n’ai pas élucidé

Je n’ai pas compris comment sont évalués ces professionnels, ni sur quels indicateurs leurs structures sont financées. Cela détermine pourtant ce qu’on leur demande de privilégier. Je creuserai.

En attendant, pour préparer un rendez-vous, mon billet sur une semaine de recherche d’emploi donne une idée de ce qu’il est utile d’apporter, et celui sur le contrat d’engagement jeune décrit le cadre le plus fréquent. Les coordonnées des structures sont chez l’union nationale des missions locales.