Mon petit-neveu a vingt-trois ans et il a voulu financer une formation de cariste. Il savait qu’il avait « des droits CPF », formule qu’il répétait sans savoir ce qu’elle recouvrait. Moi non plus. Nous nous sommes assis un samedi après-midi devant son ordinateur portable, et j’ai pris des notes dans le cahier à spirale qui me sert d’habitude pour les points de tricot.
Trois semaines plus tard, le dossier était validé. Entre les deux, il y a eu quatre séances, une pièce d’identité numérisée trois fois et une application bancaire qui refusait de s’ouvrir. Je raconte tout.
Ce qu’il y a réellement sur ce compte
Première surprise : le compte personnel de formation ne contient pas des heures. Il contient des euros. Le passage des heures aux euros date de 2019 et beaucoup de gens, dont moi jusqu’à cet été, en sont restés à l’ancien système.
Pour un salarié à temps plein, le compte est alimenté chaque année d’un montant fixe, avec un plafond total au-delà duquel l’alimentation s’arrête. Les montants exacts sont donnés par la fiche officielle du service public sur le compte personnel de formation d’un salarié du secteur privé, et je préfère vous y renvoyer plutôt que de recopier des chiffres qui bougent.
Mon petit-neveu avait enchaîné des missions d’intérim, en pointillé, sans jamais un contrat long. Son solde correspondait à peu près à ce que cette activité fragmentée laissait espérer. Il avait imaginé beaucoup plus. C’est le premier décalage à connaître : le compte se remplit à proportion du travail déjà accompli, ce qui le rend le moins garni exactement pour ceux qui en ont le plus besoin. Je trouve cela discutable et je le dis.
Se connecter, première épreuve
La connexion passe par un service d’identité numérique rattaché à la sécurité sociale. Il faut donc un numéro de sécurité sociale à portée de main, une adresse électronique consultable immédiatement et un téléphone qui reçoit les messages. Pour nous, le point de blocage a été le numéro de téléphone enregistré chez l’assurance maladie : celui de son ancien appareil, perdu depuis deux ans.
Corriger cela n’a rien à voir avec la formation. Il a fallu passer par son compte d’assuré, modifier le numéro, attendre la prise en compte. Deux jours. Personne, nulle part, ne prévient que l’entrée dans l’espace de formation dépend de la fraîcheur des données d’un autre service.
Le site officiel est moncompteformation.gouv.fr. Méfiez-vous des sites ressemblants : son téléphone recevait à l’époque deux messages par semaine d’organismes proposant de « débloquer ses droits ». Aucun organisme sérieux ne démarche par texto. Aucun.
Choisir une formation dans le catalogue
Le catalogue est vaste et inégal. Pour le même intitulé, nous avons vu des écarts de prix allant du simple au triple, avec des durées comparables. Trois choses se lisent sur chaque fiche : le prix, la durée en heures, et la certification visée avec son code d’enregistrement au répertoire national.
C’est ce code qui compte. Une formation sans certification enregistrée ne peut pas être financée par le compte. Quand la fiche reste vague sur ce point, c’est en général qu’il y a une raison.
Les avis affichés sous chaque fiche sont à lire avec prudence. Ils sont collectés auprès des stagiaires de l’organisme, donc par construction auprès de gens qui sont allés au bout. Je n’ai pas trouvé d’endroit où figureraient les abandons.
Le délai que personne ne mentionne
Voilà ce qui nous a le plus étonnés. Une fois la formation choisie et la demande envoyée, l’organisme dispose d’un délai pour répondre, et le dossier ne peut pas démarrer avant un certain temps après l’inscription. Dans notre cas, onze jours se sont écoulés entre l’envoi et la confirmation définitive, dont deux week-ends.
Si vous visez une session qui commence dans huit jours, vous ne l’aurez pas. Ce n’est écrit nulle part en gros caractères, et c’est sans doute le renseignement le plus concrètement utile de tout cet article.
Quand le solde ne suffit pas
Le solde de mon petit-neveu couvrait environ les deux tiers du prix. Le reste est appelé reste à charge. Plusieurs possibilités existent pour le combler, et c’est là que je commence à perdre pied.
Il y a des abondements possibles par l’employeur, par la région, par l’opérateur de compétences du secteur, parfois par France Travail pour les personnes inscrites. Chacun a ses propres conditions, ses propres formulaires et ses propres délais. Le site officiel les mentionne sans vraiment expliquer comment les enclencher. Nous avons fini par appeler la mission locale, qui a su répondre en quatre minutes ce que deux soirées de lecture ne m’avaient pas permis de trouver. Si vous vous sentez perdu à cette étape, allez les voir : l’union nationale des missions locales recense les antennes par territoire.
Ce que je n’ai toujours pas compris
Deux points restent obscurs pour moi.
Le premier concerne l’articulation entre le compte personnel de formation et les dispositifs destinés aux personnes sans emploi. Les deux existent, se croisent, et j’ai lu des formulations contradictoires sur ce qui est cumulable. Je n’ai pas tranché et je ne vais pas inventer.
Le second concerne la validation des acquis de l’expérience, qui apparaît dans les menus sans que le lien avec le solde du compte soit clair. C’est un chantier pour un autre billet, quand j’aurai lu davantage.
En attendant, si vous êtes jeune et que votre parcours vous amène d’abord vers un accompagnement, j’ai réuni ce que j’ai lu sur le contrat d’engagement jeune et sur les parcours d’insertion dans les autres rubriques de ce carnet.
Mon petit-neveu a commencé sa formation à la mi-septembre. Il m’a envoyé une photo du chariot élévateur le premier jour. Si vous avez vécu la même chose et que les délais ou les abondements se sont passés autrement chez vous, écrivez-le moi : je corrigerai ce billet et je mentionnerai la correction.