Maison des jeunes et de la culture · à quoi ça sert encore

Pour moi, une maison des jeunes et de la culture, c’était un bâtiment des années soixante-dix avec des tables de ping-pong et une odeur de linoléum. J’en avais fréquenté une adolescente, dans une autre ville, et mon image s’était arrêtée là.

Puis j’ai cherché où un jeune de mon quartier pourrait faire un service civique sans aller au centre-ville. On m’a répondu : la MJC. J’y suis allée. J’ai demandé les statuts, ce qui a d’abord surpris la directrice, puis l’a visiblement amusée.

Ce que c’est juridiquement

Une MJC est une association loi 1901, pas un service municipal. Elle a ses propres statuts, son conseil d’administration élu par ses adhérents, son budget. Beaucoup sont affiliées à l’une des fédérations nationales du mouvement, ce qui leur apporte un cadre, des formations et une assurance mutualisée.

Le lien avec la commune passe par une convention et, très souvent, par la mise à disposition gratuite des locaux plus une subvention de fonctionnement. Cette dépendance est réelle et structure tout le reste, puisque la subvention se renégocie chaque année.

Conséquence directe qui m’avait échappé : les adhérents votent. Un jeune de seize ans adhérent peut participer à l’assemblée générale, et à dix-huit ans il peut entrer au conseil d’administration. C’est l’un des rares endroits où un jeune sans diplôme se retrouve à décider d’un budget réel. Si cette idée vous intéresse, j’ai décrit les mécanismes associatifs dans mon billet sur la création d’une association, et les textes de référence sont sur la fiche des instances dirigeantes d’une association.

Ce qu’on y trouve réellement

Dans celle de mon quartier, sur une semaine ordinaire : accompagnement à la scolarité quatre soirs, atelier théâtre, atelier musique assistée par ordinateur, cours de français pour adultes, permanence d’écrivain public le mardi, accueil libre pour les onze à dix-sept ans le mercredi après-midi, et un atelier couture que j’ai fini par rejoindre.

Il y avait aussi, le jeudi matin, une permanence tenue par une conseillère de la mission locale. Deux heures, sur rendez-vous ou non. Je ne l’aurais jamais deviné de l’extérieur : rien ne l’annonce sur la façade.

C’est le point que je veux faire passer. Ces structures hébergent souvent des permanences de services dont les jeunes ne franchiraient jamais la porte principale. On vient pour la musique, on repart avec un rendez-vous.

Le service civique en MJC

Beaucoup de MJC sont agréées pour accueillir des volontaires. Les missions proposées tournent autour de l’animation, de la médiation numérique, de l’accompagnement à la scolarité, parfois de la communication.

La directrice m’a expliqué sa règle, que je trouve juste : jamais de volontaire sur un poste qui remplacerait un salarié. Un volontaire vient en plus, sur une mission qui n’existerait pas sans lui. Elle avait refusé une mission d’accueil au secrétariat pour cette raison, alors que la structure en aurait eu besoin.

Les offres sont visibles sur le portail officiel, à la rubrique de recherche de missions : trouver une mission de service civique. Le cadre juridique du volontariat, l’indemnité et la protection sociale sont décrits sur la fiche de l’engagement de service civique.

Ce qui va mal

Je ne vais pas peindre un tableau charmant. Deux difficultés sont revenues dans chacune de mes conversations.

La première est le financement. Les subventions municipales suivent les alternances politiques et les arbitrages budgétaires. Une MJC dont la convention n’est pas pluriannuelle vit avec un an de visibilité, ce qui rend impossible d’embaucher autrement qu’en contrat court. La structure que j’ai visitée comptait un directeur en contrat à durée indéterminée et quatre animateurs en contrats aidés ou à temps partiel.

La seconde est l’écart entre l’image et la réalité. Beaucoup de jeunes de quinze ans considèrent la MJC comme l’endroit où leurs parents les envoyaient à huit ans. Reconquérir cette tranche d’âge est un travail permanent, et je ne suis pas certaine que les affiches imprimées en interne y suffisent.

Comment s’en servir si on a vingt ans

Mon avis, après deux après-midis et quelques conversations : poussez la porte et demandez le programme complet, pas la plaquette. Le programme complet contient les permanences, les créneaux de prêt de matériel, les salles disponibles pour un projet.

Demandez aussi si la structure est agréée service civique et, si oui, quelles missions sont ouvertes dans les mois à venir. Les postes sont souvent pourvus par bouche-à-oreille avant d’être publiés.

Enfin, si vous avez un projet, même vague, dites-le. Une salle, une sono, une photocopieuse et quelqu’un qui connaît les dossiers de subvention, cela représente énormément quand on part de rien.

Un point d’ordre pratique m’a été répété deux fois : l’adhésion annuelle, souvent modeste, conditionne presque tout. Elle ouvre l’accès aux créneaux, au prêt de matériel et au vote en assemblée générale. Beaucoup de jeunes fréquentent les lieux sans jamais adhérer, par habitude ou parce que personne ne le leur a proposé, et se retrouvent exclus d’un projet au moment où il devient intéressant. Demandez le montant dès la première visite. Dans la structure que j’ai visitée, il existait un tarif réduit pour les moins de vingt-cinq ans sans ressources, qui n’était écrit sur aucun document affiché.

Ce que je n’ai pas vérifié

Je n’ai pas cherché combien de MJC ont fermé ces dix dernières années, ni comment le réseau se porte à l’échelle nationale. J’ai vu une structure, dans une ville, un mois de septembre. C’est peu et je ne généralise pas.

L’atelier couture se tient le lundi après-midi et j’y ai refait un point de torsade des années soixante que je n’arrivais pas à reproduire seule. Pour la suite, la rubrique engagement et service civique rassemble mes autres lectures.