Recherche emploi · la semaine type dont personne ne parle

Il y a un genre d’article que je ne supporte plus : celui qui explique qu’il faut « structurer sa recherche comme un travail à temps plein ». Huit heures par jour, cinq jours sur sept, avec une pause déjeuner. Je n’ai jamais rencontré personne qui tienne ce rythme, et j’ai fini par me demander ce qu’il y avait réellement dans une semaine de recherche.

Alors j’ai demandé. Une jeune femme de vingt-deux ans que je connais par le club d’astronomie a accepté de noter pendant sept jours, dans un carnet, ce qu’elle faisait et combien de temps. Elle était sans emploi depuis cinq mois, après un contrat court en logistique. Elle m’a autorisée à publier le résumé sans son prénom.

Le décompte, sans arrangement

Sur sept jours, le total consacré à des actions directement liées à la recherche s’élève à six heures et quarante minutes. Pas six heures par jour. Six heures sur la semaine.

La répartition m’a surprise. Environ la moitié de ce temps est partie en consultation d’offres, sur trois sites différents plus un groupe local sur un réseau social. Un peu plus d’une heure en candidatures effectivement envoyées, soit cinq candidatures. Quarante minutes à mettre à jour un curriculum vitae. Le reste, en déplacements : un rendez-vous à l’agence, annulé sur place faute de conseiller disponible.

Le reste de la semaine, elle gardait sa nièce trois après-midi, faisait les courses pour sa grand-mère et travaillait six heures au noir dans un salon de coiffure. Ce dernier point, elle l’a écrit, puis barré, puis réécrit. Je le garde parce qu’il explique tout le reste.

Pourquoi ce n’est pas de la paresse

Chercher un emploi coûte de l’énergie à une vitesse que les guides sous-estiment. Chaque candidature envoyée est une attente, et chaque semaine sans réponse est une petite démolition. Elle a reçu, sur cinq envois, zéro réponse. Pas un refus : rien.

Dans ces conditions, passer six heures hebdomadaires à cette activité n’est pas peu. C’est déjà beaucoup. Le discours sur les trente-cinq heures de recherche est non seulement irréaliste, il est contre-productif, parce qu’il installe une culpabilité qui réduit encore la capacité à s’y mettre.

Je le dis d’autant plus facilement que je ne suis pas professionnelle du secteur et que je n’ai aucun objectif chiffré à défendre.

Ce qui a changé quelque chose pour elle

Trois ajustements sont sortis de nos conversations, et je les rapporte parce qu’ils ont produit un effet mesurable.

Le premier : fixer deux créneaux dans la semaine plutôt que de chercher « quand elle pouvait ». Mardi matin et jeudi matin, deux heures chacun. Le flou coûtait plus cher que le volume.

Le deuxième : arrêter les candidatures en réponse à des annonces anciennes. Elle postulait à des offres publiées trois semaines plus tôt, déjà pourvues. Le tri par date a divisé le nombre d’envois par deux et multiplié les réponses.

Le troisième : passer des coups de téléphone. Cinq appels directs à des entreprises de sa zone, sans annonce publiée. Deux ont débouché sur un entretien informel. Elle détestait cela et l’a fait quand même.

Sur ce dernier point je veux être honnête, parce qu’il est devenu un conseil mécanique qu’on répète sans y réfléchir. Téléphoner marche dans certains secteurs et dans certaines tailles d’entreprise. Pour un entrepôt de quarante personnes où le responsable décroche lui-même, oui. Pour une enseigne nationale dont le recrutement passe par une plateforme centralisée, l’appel n’arrive nulle part et fait seulement perdre une demi-heure. Elle a essayé les deux. La différence est nette et personne ne la lui avait dite.

Le quatrième changement n’en était pas un, et je le note quand même : elle a arrêté de lire les offres le soir avant de dormir. Elle y passait vingt minutes par nuit, sans jamais postuler à cette heure-là, et dormait mal ensuite. Supprimer ce créneau n’a rien enlevé au nombre de candidatures. Cela lui a rendu ses nuits.

Les outils de candidature et le suivi des envois se gèrent depuis l’espace personnel de France Travail, et les antennes du réseau d’information jeunesse, dont le CIDJ, proposent des ateliers gratuits de relecture de candidature.

Le rendez-vous annulé

Je reviens dessus parce que c’est l’épisode le plus révélateur de la semaine. Elle s’est déplacée, trois quarts d’heure de bus aller, pour un rendez-vous confirmé par message. À l’accueil, on lui a appris que son conseiller était absent et qu’elle serait recontactée.

Une heure et demie de transport, un ticket, et une journée entamée pour rien. Dans son carnet, cette ligne est suivie d’un trait appuyé qui traverse la page.

Je ne sais pas comment on corrige cela, et je me garde de donner des leçons à des services dont je connais la charge. Mais quand on construit des dispositifs qui reposent sur la motivation des jeunes, il faut regarder ce que ce genre de matinée fait à la motivation.

Ce que je retiens

La recherche d’emploi est une activité à rendement très faible et à coût psychologique très élevé, menée par des gens qu’on soupçonne par principe de ne pas en faire assez. Le décalage entre les deux est l’essentiel du problème.

Je ne dis pas qu’il n’y a rien à améliorer du côté des personnes. Les trois ajustements plus haut ont fonctionné. Je dis que les faire passer pour la clé du problème est une facilité.

Elle a signé un contrat de six mois en octobre, dans un entrepôt, trouvé par l’un des cinq appels téléphoniques. Pour la suite du parcours, j’ai réuni ailleurs ce que j’ai compris du rôle du référent de mission locale, du contrat d’engagement jeune et du financement d’une formation. Si vous tenez un carnet de ce genre, le vôtre m’intéresse.