Contrat d’engagement jeune · ce qu’on signe vraiment

La question m’a été posée dans l’escalier, entre deux étages, par une voisine dont le fils venait de recevoir une proposition de la mission locale. « C’est un vrai contrat, ça ? Il va être payé ? » Je n’ai pas su répondre. J’ai dit que j’allais regarder, ce qui est ma réponse habituelle et ma raison d’écrire ici.

Le mot contrat induit en erreur. Ce n’est pas un contrat de travail. C’est un engagement réciproque entre un jeune et un organisme d’accompagnement, sans lien de subordination, sans bulletin de paie et sans congés payés. Le malentendu est fréquent et il vaut mieux le lever tout de suite.

Qui peut y entrer

Le dispositif vise les jeunes de seize à vingt-cinq ans révolus, sans emploi et sans formation, avec un âge limite repoussé pour les personnes en situation de handicap. La condition la plus discutée est l’absence durable d’activité et de formation.

Ce point mérite une précision que j’ai mis du temps à saisir : il ne s’agit pas d’être inscrit quelque part ou non, mais d’une situation appréciée par le conseiller au moment de l’entretien. Deux jeunes au parcours proche peuvent recevoir des réponses différentes. Je trouve cette marge d’appréciation inconfortable, même si je comprends qu’elle permet de tenir compte de situations que nulle grille ne prévoit.

L’entrée se fait par la mission locale ou par France Travail. Dans la pratique, pour un jeune peu diplômé, c’est presque toujours la mission locale.

Un détail qui a son importance : le diagnostic initial prend du temps. Entre le premier contact et la signature, ma voisine a compté cinq semaines, dont trois d’attente pure entre deux rendez-vous. Le fils avait alors dix-neuf ans et aucune ressource. Cinq semaines à cet âge et dans cette situation, c’est long, et aucun des documents que j’ai lus ne mentionne ce délai d’entrée. Il n’est pas réglementaire, il est pratique : il dépend du nombre de conseillers disponibles dans l’antenne qui vous reçoit. Les écarts entre territoires sont donc considérables, et vous ne les découvrirez qu’une fois sur place.

Les quinze à vingt heures

Voilà le cœur du dispositif, et le chiffre que tout le monde retient de travers. Le jeune s’engage sur un programme intensif de quinze à vingt heures par semaine. Ces heures ne sont pas du travail salarié. Ce sont des ateliers, des mises en situation professionnelle, des immersions en entreprise, de la remise à niveau, parfois du sport ou des démarches de santé.

Le fils de ma voisine a eu, sur sa première semaine : deux demi-journées d’atelier de rédaction de candidature, une visite d’entreprise, un rendez-vous individuel d’une heure et une après-midi laissée à ses propres recherches, avec compte rendu attendu. Cela ressemble davantage à une scolarité adaptée qu’à un emploi.

La durée du parcours est fixée au départ, généralement de six à douze mois, avec une prolongation possible. Le texte de référence et les conditions d’allocation sont détaillés par les services publics, et le portail 1jeune1solution en donne la présentation la plus lisible que j’aie trouvée.

L’allocation, et pourquoi elle varie autant

Une allocation mensuelle peut être versée. Son montant dépend de l’âge, des ressources du jeune et, pour les mineurs ou les jeunes rattachés fiscalement, des ressources du foyer. Elle est dégressive quand le jeune commence à percevoir des revenus d’activité.

Deux jeunes du même atelier peuvent donc toucher des sommes très différentes, ou rien du tout, et cela crée des tensions dont m’a parlé une animatrice que j’ai croisée à Metz au printemps. Elle disait que la question de l’allocation occupait une part démesurée des conversations de couloir, parce que personne n’ose la poser directement au conseiller.

Je ne donne pas de montants ici. Ils changent, et un chiffre faux sur ce sujet ferait plus de mal que pas de chiffre du tout. Demandez le vôtre au conseiller, il le calcule devant vous.

Ce que signifie l’engagement

Le mot n’est pas décoratif. Le jeune signe une charte. Les absences répétées non justifiées, le refus sans motif de propositions, l’abandon du parcours peuvent entraîner une suspension de l’allocation puis une sortie du dispositif.

À l’inverse, l’organisme s’engage à proposer les heures annoncées, un conseiller référent unique et un suivi régulier. Cette réciprocité est écrite. Elle est moins souvent rappelée aux jeunes que la partie qui les oblige, et c’est une remarque que j’assume.

Si les heures promises ne sont pas au rendez-vous, cela se dit, et cela se dit au conseiller d’abord, par écrit si nécessaire.

Ce que j’ai trouvé bien pensé

Le conseiller référent unique me paraît la meilleure idée du dispositif. Avant, un jeune racontait son histoire à trois interlocuteurs différents en six mois. Là, une seule personne suit le dossier, connaît les antécédents et peut dire « on a déjà essayé, ça n’a pas marché, cherchons autre chose ».

La possibilité d’immersions courtes en entreprise me semble également juste. Deux semaines dans un atelier valent dix ateliers d’orientation pour savoir si le métier vous convient.

Ce qui reste flou pour moi

Je n’ai pas réussi à savoir ce qui se passe au terme du parcours quand rien n’a abouti. Les textes parlent de sortie vers l’emploi ou la formation. Ils parlent beaucoup moins de la troisième issue, celle où le jeune se retrouve au même point douze mois plus tard, avec un an de plus.

Je n’ai pas trouvé de chiffres publics simples sur cette proportion. Si quelqu’un connaît une publication sérieuse là-dessus, je suis preneuse.

Le fils de ma voisine en est à son cinquième mois. Il a trouvé une alternance qui commence en janvier. Pour celles et ceux qui cherchent plutôt du côté de l’engagement citoyen, j’ai écrit séparément sur le service civique et la vie associative, et la rubrique formation rassemble ce que j’ai lu sur le financement des parcours. Comme toujours, si votre expérience contredit ce billet, écrivez-la moi.